Honnêteté, quand tu nous tiens ! Qu’est-ce qu’« être honnête » dans la tête du ministre suédois des Migrations en place ? Pas simple à définir sans tomber dans les travers racistes, xénophobes voire fanatiques.
Mais que dire de celui qui encourage la délation comme le fait ce ministre en exigeant de certaines agences administratives de dénoncer les sans-papiers ? Est-il honnête ? Respecte-t-il le droit d’autrui ? La réponse serait sans doute à trouver dans la question.
Depuis que les Démocrates de Suède (parti d’extrême droite) soutiennent ouvertement le gouvernement de centre-droit au pouvoir depuis 2022, la politique migratoire suédoise est devenue de plus en plus restrictive. Un durcissement apparemment souhaité par bon nombre de citoyens votant à droite. Une conduite irréprochable et vertueuse du citoyen lambda doit être désormais la norme. Des relents nauséabonds de projets politiques qui ont tous ou presque, à terme, capotés.
L’honnête ministre ne voit pas où est le problème, lui, dont le fils, suprémasciste, est notamment lié à la mouvance de la droite extrême. Il en veut pour preuves que payer ses impôts, rembourser ses dettes, respecter les lois à la lettre, marcher droit, traverser dans les clous et donner sa place aux vieillards dans les transports en commun relèvent du civisme made in Suède, de la bienséance, de la probité et du respect du droit d’autrui. Il n’a sans doute pas complètement tort, mais de là à légiférer pour expulser les migrants sans titre de séjour tout en demandant à des institutions étatiques de les dénoncer, il y a un niveau de cynisme rarement atteint dans les institutions suédoises. Ça a un nom : l’indécence.
Il y aurait selon une estimation du ministère des Migrations quelque 100 000 clandestins en Suède. Le royaume compte un peu plus de 10 millions d’habitants. L’honorable ministre redoute la pérennisation de cette « société parallèle » en devenir ! Et pourquoi pas le grand remplacement pendant qu’il y est !
Quelques agences échappent à la dénonciation : Les services de santé, les établissements solaires, les services sociaux et les bibliothèques. En revanche, l’agence pour l’Emploi, celle du recouvrement des dettes, les impôts, l’administration pénitentiaire, la Sécurité sociale et l’autorité des Retraites seront tenus de cafter les personnes sans titre de séjour. Une incitation à la délation qui passe mal dans les services concernés !
Il y a quelques années, à la suite de cette proposition de loi scélérate, des fonctionnaires des agences concernées par le projet délateur avaient appelé à la désobéissance civile. Ce qui n’a apparemment pas empêché le « ministre de l’Honnêteté » de remettre son projet aux voix. Il faut en effet faire vite avant les élections générales qui auront en septembre prochain pour faire adopter la loi, qui, malheureusement, risque de passer. Gare aux migrants sans-papiers à partir du 13 juillet prochain, il y aura alors de l’expulsion dans l’air. Trop d’homogénéité tue l’homogénéité !
Autres joyeusetés prévues, la nationalité suédoise sera plus difficile à obtenir. Il faudra la mériter ! Comme en Suisse ? Il faudra avoir résidé pendant huit ans en Suède avant d’en faire la demande, au lieu de cinq aujourd’hui. Même ceux qui ont des titres de séjour en règle devront se tenir à carreau en restant « honnêtes ».
L’accueil n’est plus ce qu’il était. Suède, terre d’écueils !
