Circumpolaire

Une actu décalée de la Suède

Vasa… voir !

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D’un revers maritime cuisant, les Suédois ont fait du Vasa une magnifique aubaine pour l’étude de la vie au quotidien au 17e siècle dans le royaume. Ainsi, le musée Vasa à Stockholm, outre d’exposer le vaisseau (entre caraque et galion) de plus de 3 siècles renfloué dans les années 1960, invite le visiteur à découvrir une Suède figée dans le Grand siècle via ce que les entrailles du navire renfermaient (marins et civils, outils, vêtements, ustensiles en tout genre, artefacts, etc.). Une mine pour les sociologues, anthropologues, ethnologues et autres spécialistes d’études technologiques des textiles, des bois, et autres métaux…

La Vasaga peut se réécrire après un petit rappel historique.

Comme neuf !

Par un dimanche ensoleillé d’août 1628, le Vasa, un trois-mâts de 69 mètres ancré depuis quelques mois au pied du château royal sur l’île de Gamla Stan dans l’attente d’une partie de ses canons dont la livraison par la fonderie a pris du retard, entame son voyage inaugural qui doit l’emmener avant l’hiver à la base navale de Älvsnabben dans l’archipel de Stockholm. Là, il attendra les ordres du roi Gustave II Adolphe d’appareiller pour Gdansk ou Stralsund et embarquera des troupes. En réalité, il en ira tout autrement.

En fin d’après-midi les amarres sont larguées, souffle alors une légère brise de sud. Tous les sabords sont ouverts, un salut aux canons retentit ; quatre voiles sont hissées. Le galion, entraîné plus par le courant que par le vent, glisse le long de la paroi rocheuse de l’île de Söder, on borde alors les écoutes pour prendre de la vitesse. Si les eaux de la Baltique à cet endroit sont protégées par l’escarpement qui les surplombe, le vent provenant des hauteurs de Söder s’engouffre dans les huniers et perroquets du galion. Il s’incline une première fois sur bâbord, puis se redresse lentement. Les marins les plus aguerris se regardent incrédules ! Il ne va pas chavirer quand même ?!? Le vice-amiral Erik Jönsson hurle de vérifier que les canons sont bien arrimés. Il ne manquerait plus qu’ils roulent d’un bord à l’autre ! Arrivé à la hauteur de Beckholmen, à 1 200 mètres de son port de départ, une rafale de vent un peu plus forte couche le Vasa par bâbord. L’eau s’engouffre par les sabords ouverts. Le vice-amiral ordonne de rouler les canons sur tribord. Le capitaine Söfring Hansson lance l’ordre de ramener les écoutes, l’homme de barre tente de virer de bord. Trop tard, le vaisseau royal prend de plus en plus de la gîte et sombre en quelques minutes.

Seules les pointes des trois mâts apparaissent à la surface. Le galion est posé sur sa quille par 32 mètres de fond. Entre 30 et 50 personnes périront dans le naufrage et parmi elles des femmes et des enfants.

333 ans plus tard, l’épave sera renflouée.

Pourquoi le Vasa a coulé ? Longtemps on a cru que la faute était imputable au souverain régnant qui aurait ordonné d’ajouter un pont pour une batterie de canons supplémentaire (le Vasa possédait 64 canons). On a aussi incriminé le ballast qui n’aurait pas été suffisant. Il était lesté comme il fallait. Grâce aux techniques modernes, on sait aujourd’hui que la coque du navire n’était pas aux normes. Le frégatage était correct, la largeur de la structure ne l’était pas, d’où l’instabilité. Au lieu des 11,5 mètres existants, il aurait dû afficher au moins 12,5 mètres. À l’époque, les charpentiers de marine et les maitres d’œuvre construisaient à partir de l’expérience acquise et improvisaient pour l’amélioration. Le Vasa était une sorte de « prototype » destiné à satisfaire les visées hégémoniques de Gustave II Adolphe. Il se devait donc d’être le plus grand, le mieux armé, le plus impressionnant, le plus imposant, le fleuron de la navale suédoise…, bref, le plus digne des vaisseaux amiral.

…mérite le détour…

Vasaturation…

Le Vasa fait la fierté de son musée. Avec 1 million et demi de visiteurs par an (la population de l’unité urbaine de Lyon), il est de loin le musée le plus couru de Suède. Sa direction a décidé de passer au stade supérieur en proposant une dimension supplémentaire à la visite : une plongée dans la vie au quotidien au XVIIe siècle, pas uniquement à bord d’un bateau de l’époque, mais en Suède en général et ce à partir des milliers d’objets retrouvés dans l’épave.

 

Le galion restera bien évidemment l’attraction principale du musée, la direction souhaitant cependant que l’éclairage sur la société suédoise du XVIIe siècle soit, à terme, nettement plus mis en valeur et tout aussi apprécié. Des équipes de chercheurs en sciences humaines sont à l’œuvre pour répertorier, interpréter et présenter au public les fruits de leurs cogitations et découvertes. Les squelettes vont parler, leurs vêtements dévoiler leurs secrets de fabrication… Une équipe de plongeurs devrait procéder d’ici peu à d’ultimes recherches sur les lieux du naufrage pour remonter les derniers objets, débris et surtout un canon qui était retombé à l’eau lors du renflouement en 1961.

trictrac d’époque !

Pas question de laisser tarir les potentialités du tiroir-caisse toutes catégories (cash machine serait plus exact) qu’est le Vasa, Vasaperlipopette !

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